Un bol de céréales, une pincée de riz soufflé, et cette boisson blanche qu’on verse machinalement en pensant bien faire. L’argument revient sans cesse chez les parents qui évitent les produits laitiers ou cherchent une alternative « plus douce » pour leur enfant. Le problème, c’est que cette boisson végétale concentre de l’arsenic inorganique à des niveaux qui inquiètent les autorités sanitaires du monde entier, et qu’aucun organisme de santé publique ne la recommande avant 5 ans.

Le riz absorbe l’arsenic mieux que n’importe quelle autre céréale.

Cette plante pousse traditionnellement dans des rizières inondées, un mode de culture qui favorise justement l’absorption de ce contaminant présent naturellement dans les sols et les nappes phréatiques. L’arsenic se trouve particulièrement dans le riz, car celui-ci pousse dans des sols saturés d’eau et dans des rizières où il y a naturellement beaucoup d’arsenic dans le sol. Résultat : à surface cultivée égale, le riz capte davantage d’arsenic que le blé, l’avoine ou le maïs. Une fois transformé en boisson, ce contaminant se retrouve concentré dans le liquide final, et donc dans le bol de l’enfant.

À retenir
  • Le riz absorbe l’arsenic mieux que toute autre céréale en raison de sa culture en rizières inondées
  • Les enfants de moins de 5 ans sont particulièrement vulnérables à l’arsenic en raison de leur poids et de l’immaturité de leur organisme
  • Suisse, Royaume-Uni, Québec et Belgique déconseillent les boissons au riz aux jeunes enfants en raison de leur teneur en arsenic
  • L’avoine, l’amande et le soja enrichis en calcium constituent des alternatives plus sûres avant 5 ans

Pourquoi les tout-petits sont les premiers concernés

Le poids d’un enfant de 2 ans change tout dans l’équation toxicologique. Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables à l’arsenic, en raison de leur poids et de l’immaturité de leur organisme qui a plus de difficultés à éliminer les substances toxiques. Pour un même volume de boisson ingéré, la dose d’arsenic rapportée au kilo de poids corporel est donc bien plus élevée chez un bambin que chez un adulte.

Le riz et les céréales infantiles, principalement celles à base de riz, apparaissent comme des contributeurs importants à l’exposition à l’arsenic inorganique chez les enfants de moins de 3 ans. C’est précisément pour cette raison que l’Union européenne a fixé, depuis 2016, des teneurs maximales spécifiques en arsenic inorganique pour le riz et les produits à base de riz, avec des seuils encore plus stricts pour les aliments destinés aux nourrissons. Le règlement européen entré en vigueur au 1er janvier 2016 fixe des teneurs maximales en arsenic inorganique pour le riz et les aliments à base de riz, dont ceux destinés aux nourrissons ou enfants en bas âge. Une réglementation qui existe précisément parce que le risque a été jugé suffisamment sérieux pour légiférer.

Le Centre international de recherche sur le cancer ne laisse aucune ambiguïté sur la nature de cette substance.

Ce que disent les agences sanitaires, pays par pays

Le CIRC a classé l’arsenic et les composés de l’arsenic comme cancérogènes pour l’homme. Selon l’OMS, les premiers symptômes d’une exposition prolongée à des concentrations élevées d’arsenic inorganique s’observent généralement sur la peau, avec des modifications de la pigmentation et des lésions cutanées, des signes qui n’apparaissent qu’après une exposition longue mais qui peuvent précéder des cancers cutanés. En Suisse, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire a tranché sans détour : les boissons au riz ne conviennent pas aux nourrissons de moins d’un an, en raison de leur teneur en arsenic et de leur apport insuffisant en nutriments. Elles ne constituent pas non plus un substitut au lait de vache pour les enfants de plus d’un an, précise l’agence.

Au Royaume-Uni, le seuil d’âge grimpe encore plus haut. Les autorités britanniques déconseillent de donner du lait de riz aux enfants de moins de quatre ans et demi en raison des préoccupations liées à l’arsenic. Au Québec, le message est tout aussi direct : les tout-petits ne devraient pas consommer de boissons à base de riz en raison de leur trop grande concentration en arsenic.

Et l’organisme belge de référence en santé publique va plus loin encore, en visant même la grossesse. Le Conseil supérieur de la santé recommande de limiter la consommation de riz, d’aliments à base de riz et d’autres aliments à forte teneur en arsenic inorganique pendant la grossesse afin d’éviter le transfert placentaire au fœtus. Cinq pays, cinq agences différentes, une seule conclusion.

Aux États-Unis, l’organisation de défense des consommateurs Consumer Reports a mené sa propre enquête sur des dizaines de produits à base de riz. Les auteurs de l’enquête déconseillent vivement les boissons au riz aux enfants de moins de cinq ans, précisant qu’ils ne devraient pas les boire à la place du lait. Ce seuil de 5 ans n’a rien d’arbitraire : il correspond à l’âge où le système digestif et immunitaire de l’enfant devient suffisamment mature pour mieux gérer ce type de contaminant présent dans l’alimentation courante.

Que mettre dans le bol à la place

Rassurons tout de suite les familles qui donnent occasionnellement du riz à leur enfant : le danger vient de la consommation répétée et exclusive, pas d’un bol partagé une fois par semaine. L’Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire recommande d’ailleurs une approche pragmatique plutôt qu’une interdiction totale.

Une alimentation variée et équilibrée garantit un apport adéquat en nutriments et réduit le risque d’absorption élevée de substances indésirables. Concrètement, cela signifie alterner les sources de céréales plutôt que de miser sur une seule option jour après jour. Les crackers à base de céréales complètes, les galettes de maïs, le pain ou les bouillies à base d’avoine, d’épeautre, de semoule ou de millet constituent de bonnes alternatives. Pour les enfants allergiques au lait de vache ou suivant un régime végétal, les boissons à base d’avoine, d’amande ou de soja enrichies en calcium restent des options à discuter avec un pédiatre plutôt qu’un choix par défaut.

Le riz garde toute sa place dans l’assiette d’un enfant de 3 ans, en accompagnement occasionnel d’un plat. C’est sa version liquide et concentrée, bue quotidiennement à la place du lait, qui pose problème avant l’âge de 5 ans.

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