in

J’ai passé au four la pulpe filtrée de mon lait d’avoine juste pour voir : mes invités m’ont demandé la recette de ces biscuits

Une pulpe filtrée d’avoine, direction le four à basse température, puis mixée en poudre : c’est tout ce qu’il a fallu pour transformer un déchet de cuisine en biscuits que mes invités ont pris pour une pâtisserie sortie d’une boutique bio. Personne n’a deviné l’ingrédient secret. Et pour cause : cette pulpe, appelée okara, finit d’habitude directement à la poubelle après la préparation d’un lait végétal maison.

À retenir

  • Cette pulpe résiduelle qu’on appelle okara contient autant de protéines et de fibres que la graine de départ
  • Une simple étape au four transforme un déchet de cuisine en farine maison qui se conserve plusieurs semaines
  • Au-delà des biscuits, l’okara révèle des possibilités culinaires insoupçonnées, sucrées comme salées

L’okara, ce résidu qu’on jette sans savoir ce qu’il vaut

Chaque fois qu’on filtre un lait d’avoine, d’amande ou de soja fait maison à travers un sac à lait végétal ou une étamine, il reste cette matière fibreuse et humide qu’on appelle okara. À l’origine, le terme désignait la pulpe récupérée lors de la réalisation d’un lait de soja maison, avant de s’élargir à l’ensemble des résidus d’oléagineux, de céréales comme l’avoine, ou de légumineuses obtenus lors de la fabrication des boissons végétales maison. Le réflexe le plus courant reste de la jeter avec les épluchures, sans se poser de questions sur ce qu’elle contient réellement.

Ce qu’elle contient, justement, surprend. Une étude publiée sur le sujet montre que l’okara séché contient environ 57 à 59% de fibres alimentaires (42 à 57% insolubles, 2 à 17% solubles), 15 à 34% de protéines et 6 à 16% de matières grasses. L’intérêt nutritionnel principal de l’okara réside dans sa richesse en fibres, en protéines, en calcium, en vitamines et en minéraux. Côté calories, on reste dans une fourchette raisonnable : comme l’okara est riche en fibres et peu énergétique, environ 70 calories pour 100g, il augmente la satiété. cette pulpe qu’on envoyait au compost concentrait une bonne partie de la valeur nutritive de la graine de départ. Un comble.

La méthode : du four à la farine maison

Le principe est d’une simplicité presque déconcertante. Une fois le lait d’avoine filtré, la pulpe humide et granuleuse s’étale finement sur une plaque recouverte de papier cuisson, puis part au four. Les recettes convergent vers deux méthodes : soit au four à 70°C pendant minimum une heure, porte légèrement entrouverte pour laisser s’échapper l’humidité, soit à 120°C pour les plus impatients, ce qui permet de sécher la pulpe en 30 à 40 minutes seulement.

Une fois complètement sèche, cette pulpe se mixe en une poudre fine qui rappelle une farine complète légèrement granuleuse. Cette farine d’okara garde l’essentiel des qualités nutritionnelles de la version fraîche et peut remplacer une partie de la farine classique dans à peu près n’importe quelle pâtisserie : muffins, cookies, gâteaux au yaourt, pancakes. C’est exactement ce que j’ai testé : quelques cuillères de cette poudre incorporées à une pâte à biscuits classique, et le résultat a suffi à tromper des palais pourtant habitués aux gâteaux du commerce.

L’attrait n’est pas seulement gustatif. En séchant et en stockant la pulpe dans un bocal hermétique, on obtient une réserve de « farine maison » qui se conserve plusieurs semaines à température ambiante, loin des deux ou trois jours de conservation au réfrigérateur de la version fraîche. Un détail qui change tout quand on prépare son lait végétal régulièrement et qu’on se retrouve, semaine après semaine, avec une pulpe qu’on ne sait jamais vraiment où caser.

D’autres façons de valoriser cette pulpe (sucrée ou salée)

Les biscuits ne sont qu’une porte d’entrée. La texture neutre et légèrement granuleuse de l’okara en fait un ingrédient étonnamment polyvalent. Il peut être utilisé comme substitut à la farine dans différentes recettes de pâtisserie, telles que les muffins, les crêpes et même le pain, mais aussi comme substitut de viande transformé en galettes, boulettes ou hamburgers végétaliens. Dans les cuisines japonaises et chinoises, où le soja est roi, l’okara est traditionnellement utilisé pour préparer divers plats, comme des galettes, des soupes ou des accompagnements.

Pour les recettes salées, une astuce revient souvent chez les adeptes du zéro déchet : utiliser la pulpe encore humide, sans passer par l’étape du séchage. Elle aide à bien lier tous les ingrédients dans les steaks végétaux maison, et permet de réussir à tous les coups boulettes de légumes et autres galettes végétales. On peut aussi s’en servir comme épaississant naturel dans une soupe ou un velouté, un peu à la manière d’une fécule, mais avec un bonus fibres non négligeable.

Un point de vigilance mérite d’être signalé avant de se lancer tête baissée dans les substitutions. Dans tous les cas, l’okara ne devrait pas substituer plus d’un quart de la quantité de farine, sinon la tenue de la pâte n’est pas au rendez-vous. Et comme cette pulpe reste naturellement chargée en eau, il faut en tenir compte lorsqu’on l’utilise dans des recettes habituelles, en ajustant les autres ingrédients liquides pour ne pas se retrouver avec une pâte trop molle.

Ce qui frappe surtout dans cette histoire de biscuits improvisés, c’est le décalage entre le geste (jeter une pulpe qu’on juge sans intérêt) et sa valeur réelle. Un foyer qui prépare son lait végétal une à deux fois par semaine peut, sans le savoir, envoyer des centaines de grammes de fibres et de protéines à la poubelle chaque mois. La prochaine fois que le sac à lait végétal se videra dans l’évier, un simple détour par le four suffira peut-être à transformer ce réflexe en habitude gourmande.

Notez ce post

Rédigé par Vincent