Le rouge carmin qui donne cette teinte éclatante à de nombreux sirops pour enfants n’a rien de végétal. Il s’agit du carmin E120, un colorant obtenu à partir de cochenilles broyées, un insecte que l’industrie agroalimentaire utilise depuis des siècles pour teinter aliments et cosmétiques. Une diététicienne qui pointe cette origine du bout du doigt, et c’est toute la confiance envers le rayon sirops qui vacille.

À retenir
  • Le colorant E120 est produit à partir de 70 000 à 100 000 cochenilles femelles broyées par kilogramme
  • La réglementation européenne impose seulement le code E120 sur l’étiquette, jamais le mot cochenille
  • Les produits biologiques ne peuvent pas contenir de E120, ce qui offre une garantie automatique aux parents
  • Le risque toxicologique est faible, mais les réactions allergiques restent possibles, notamment chez les enfants exposés régulièrement

Un colorant tiré de carcasses d’insectes séchées

Le colorant E120, aussi appelé rouge carmin ou rouge cochenille, provient des cochenilles, des insectes proches des pucerons, et c’est un colorant issu de cadavres de cochenilles broyées. Ces insectes vivent fixés sur des cactus du genre Opuntia, principalement au Pérou et dans les îles Canaries. La substance recherchée, l’acide carminique, sert à l’origine de défense chimique contre les prédateurs.

La quantité d’insectes nécessaire donne le vertige. Les cochenilles femelles sont récoltées, séchées puis broyées pour extraire l’acide carminique, un pigment naturel qui nécessite environ 70 000 cochenilles pour produire un seul kilogramme de colorant. D’autres estimations montent jusqu’à 100 000 insectes séchés par kilo de poudre pure. Un détail technique amusant : on ne retrouve l’acide carminique que dans le corps et les œufs des femelles, les mâles n’entrant jamais dans la composition du colorant.

Ce rouge n’est pas réservé aux sirops.

Ce colorant est utilisé dans les saucissons, les viandes, les sirops, les gâteaux, les yaourts, les confitures, les sauces tomates, mais aussi dans les shampoings, savons, vernis à ongles et rouges à lèvres. le tube de rouge à lèvres posé à côté du sirop pour la toux partage souvent le même ingrédient de base. La cochenille colore aussi certains desserts au soja, une catégorie où sa présence surprend d’autant plus qu’elle contredit l’image « végétale » du produit.

Pourquoi l’étiquette ne dit jamais « insecte »

Aucune loi n’oblige un fabricant à écrire noir sur blanc que son sirop contient de l’insecte broyé. En Europe, la réglementation impose seulement de mentionner le nom ou le numéro du colorant. Depuis 2019, la Commission européenne a même resserré les règles d’étiquetage : seuls les termes « acide carminique », « carmines » ou « E120 » sont désormais autorisés, le mot « cochenille » ayant été retiré des mentions permises. Le consommateur voit donc un code chiffré, jamais le mot qui trahirait l’origine animale.

Cette opacité n’est pas propre à la France.

Aux États-Unis, la logique est différente et plus transparente sur le fond. Depuis le 5 janvier 2011, la réglementation de la FDA impose que tout aliment contenant du carmin ou de l’extrait de cochenille le déclare nommément sur l’étiquette, sous l’un de ces deux termes précis. Cette obligation américaine fait suite à des signalements de réactions allergiques documentées chez certains consommateurs. Le contraste est net : là où l’étiquette européenne se contente d’un code, l’étiquette américaine nomme littéralement l’insecte.

Le colorant échappe totalement à la filière biologique.

Les produits biologiques ne peuvent pas contenir de E120, ce colorant étant exclu du cahier des charges bio. C’est l’un des rares repères fiables pour un parent qui souhaite éviter cet additif sans éplucher chaque étiquette. Le colorant reste par ailleurs incompatible avec les régimes végétariens et végans, puisqu’il s’agit bel et bien d’un ingrédient d’origine animale.

Ce que disent les autorités sanitaires

Sur le plan toxicologique, le dossier du E120 est plutôt rassurant. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a réévalué le colorant en 2015 et confirmé une dose journalière admissible de 5 mg par kilo de poids corporel, un seuil dérivé d’une étude de toxicité chronique chez le rat ayant identifié une dose sans effet de 500 mg/kg. Aucune étude sérieuse n’a établi de lien avec un risque cancérigène aux niveaux d’exposition alimentaire habituels.

Le vrai point de vigilance se trouve ailleurs : l’allergie. Cette dose journalière admissible repose sur des critères toxicologiques, pas sur un seuil de déclenchement allergique, et une personne sensibilisée peut réagir à des doses bien inférieures. Les réactions vont de l’urticaire à des cas d’anaphylaxie sévère, heureusement rares mais documentés dans la littérature médicale. Pour un enfant qui boit ce sirop rouge tous les soirs pendant une bronchite, la répétition de l’exposition n’est pas neutre, même si le risque individuel reste faible.

Sur le terrain religieux, le débat existe aussi, mais dans un sens inattendu. Le E120 est validé halal par la majorité des organismes de certification, y compris les plus rigoureux, un verdict qui repose sur un raisonnement juridique précis et non sur une simple tolérance de façade. Cela n’empêche pas certaines voix de continuer à contester ce statut, l’insecte restant un cas à part dans les classifications alimentaires traditionnelles.

Repérer le colorant avant qu’il ne finisse dans le verre

La méthode la plus simple reste la lecture attentive de la liste des ingrédients, en cherchant les mentions E120, carmin ou acide carminique. Un sirop, un bonbon ou un yaourt à la couleur rouge ou rose intense mérite systématiquement ce coup d’œil. Les produits certifiés bio offrent une garantie automatique d’absence de ce colorant, puisqu’il en est exclu par principe.

Reste une question que peu de parents se posent avant qu’on la leur souffle à l’oreille : combien d’autres teintes appétissantes dans le panier de courses cachent, elles aussi, un insecte broyé sous un simple code à trois chiffres ?

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